texte de Fatima AÏTBOUNOUA
" Christophe, Christophe ! "
Marie cherche son bambin
partout dans la maison. Il n'a que trois ans mais c'est déjà
un petit farceur qui sait s'amuser à faire tourner sa maman
en rond
Et pour tourner, elle tourne. Manège musical
rythmé par un seul leitmotiv : " Christophe, allez c'est
fini, maman joue plus ! ". Mais maman n'a vraiment pas le temps
de jouer, elle a un entretien d'embauche et doit vite déposer
Christophe chez la nounou. C'est vrai qu'il a été très
sage tout l'après midi, elle a pu même se préparer
tranquillement mais maintenant, il faut y aller. La voix de Marie
devient de plus en plus exaspérée. " Christophe
!" Une oreille attentive pourrait y lire une pointe d'angoisse
qui déjà prend de plus en plus de place. Marie cherche.
Elle commence à regarder partout dans les placards, sous le
lit. C'est facile, Christophe se cache toujours aux mêmes endroits.
Mais cette fois-ci : rien. Tout est vide, placard, lit, rien. Marie
commence à trembler et sa voix aussi : " Christophe, arrête,
maman ne rigole plus, viens mon chéri ". Seule dans son
F3, elle cherche. Sa voix la précède dans chaque pièce.
" Christophe ! ". Sa voix devient de plus en plus faible
comme si elle commençait, la première, à rendre
les armes. Sa voix sait déjà que l'appartement est trop
petit pour pouvoir cacher plus d'une heure un petit enfant, aussi
petit soit-il. Il est vrai que Christophe est agile, il sait se faufiler
partout, il grimpe, se cache dans les recoins. Elle l'avait même
retrouvé une fois derrière le placard de l'entrée
alors qu'elle en avait bloqué l'accès avec un bâton.
Il l'avait escaladé en prenant une chaise. Mais là,
rien, même dans l'entrée. La porte est bien fermée,
il n'a pas pu sortir. Où peut-il bien être ? La démarche
de Marie est moins sûre, son angoisse se répand lentement
dans tout son corps, comme un thé colorant peu à peu
l'eau chaude jusqu'à la rendre noire. Marie silencieuse retourne
dans le salon et s'arrête. Elle ausculte la pièce. Elle
n'a pourtant rien oublié de regarder.
Soudain, Marie voit, là, en face, trop visible pour être
vu en premier : la fenêtre. Elle voit la fenêtre grande
ouverte, la chaise abandonnée tout près, la chaise :
celle qu'il a pris sans doute pour mieux voir. Son cur comprend
avant son cerveau. " Christophe
" Sa voix n'est plus
qu'un cri qui n'appelle plus mais pleure déjà. Elle
court à la fenêtre et regarde en bas
7 étages
plus bas, trop bas...